La face cachée d’Airbnb


Aujourd’hui valorisée à 31 milliards de dollars, la plateforme « collaborative » Airbnb est implantée presque partout dans le monde. Mais depuis quelques années, celle-ci se voit imposer certaines contraintes : durée de location limitée, nécessité pour les loueurs d’avoir une autorisation officielle, amendes en cas de fraude, etc. Si les villes sont de plus en plus nombreuses à agir pour encadrer l’entreprise californienne, c’est parce que son émergence a engendré un certain nombre d’effets pervers pour les métropoles et leurs habitants…


En février 2017, la célèbre plateforme de location entre particuliers s’est dit prête à installer une limite automatique de 120 nuitées pour les 50 000 hôtes parisiens, et ce afin de « limiter la fraude », selon les déclarations d’Emmanuel Marill, directeur général de la société, au journal Le Parisien. Un volontariat qui pourrait être salué, s’il était motivé par l’envie de protéger les Parisiens des dérives de la plateforme, et non pas par la peur de voir la Ville Lumière prendre des mesures encore plus contraignantes pour le faire.

En janvier, Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris chargé du Logement, estimait que 20 000 logements avaient été perdus à Paris du fait des locations temporaires sur la plateforme californienne et autres services similaires. « Nous avons un problème avec des multipropriétaires qui achètent des appartements dans l’unique perspective d’en faire des machines à cash via la location touristique. Ceux-là louent de façon industrielle et frénétique », déclarait alors M. Brossat au Parisien.

Pour enrayer, ou du moins maîtriser le phénomène, la Mairie parisienne compte notamment sur la loi pour une République numérique, promulguée le 7 octobre 2016, mais dont les décrets précisant les modalités d’application se font toujours attendre. Cette loi devrait toutefois permettre, aux villes de plus de 200 000 habitants, d’exiger des utilisateurs des plateformes un numéro d’enregistrement avant de pouvoir louer un meublé touristique. Ce système « nous laissera complètement la main et sera beaucoup plus transparent », s’enthousiasmait récemment Ian Brossat dans les pages du Parisien.

Un enthousiasme loin d’être partagé par la plateforme, qui estime qu’une telle mesure pourrait s’avérer « trop complexe », et que le numéro d’enregistrement pourrait être un « repoussoir » pour les hôtes parisiens. C’est donc à la place de ce système qu’Airbnb propose la limitation automatique de 120 nuitées, une durée qui n’est autre que… le maximum légal déjà autorisé dans la capitale. Agacé, Ian Brossat affirme étudier la question sans y voir pourtant une solution miracle.

De San Francisco à Berlin, les villes réagissent

Et pour cause. Jusqu’ici, plusieurs capitales ont dû se battre pour réglementer le mode de location proposé par Airbnb. La société est allée jusqu’à attaquer en justice les villes de New York et San Francisco. La première souhaitait porter jusqu’à 7 500 dollars les amendes pour violation de la réglementation des locations de courte durée, tandis que la seconde, ville natale de la plateforme, voulait obliger celle-ci à lui communiquer les coordonnées des hôtes ne respectant pas les règles.

Airbnb a finalement retiré son action en justice après un accord avec la mairie de New York, qui réserve désormais les amendes aux loueurs plutôt qu’aux plateformes. Mais des restrictions importantes sont entrées en vigueur. Il est ainsi illégal, à New York, de louer un appartement entier pour une durée inférieure à 30 jours, et à San Francisco, la location est maintenant limitée à 90 jours par an pour les logements entiers, et les propriétaires-loueurs sont obligés de se déclarer auprès de la ville.

De leur côté, les villes européennes ont également dû se battre, y compris juridiquement. À Berlin, il n’est possible de louer son appartement que si l’on dispose d’une autorisation officielle, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. Amsterdam, qui essaie de concilier sa très grande attractivité touristique (17 millions de voyageurs pour 830 000 habitants) avec la lutte contre les nuisances liées au tourisme de masse, a de son côté décidé d’imposer une limite de 60 jours. À Londres, pour éviter que les maisons londoniennes ne se transforment en hôtels, il est désormais illégal de louer son appartement plus de 90 jours par an sans autorisation officielle.

Des mesures plus que nécessaires…

En prenant ce type de mesures, les municipalités tentent d’enrayer les diverses conséquences négatives engendrées par l’arrivée de la plateforme. À San Francisco par exemple, les habitants ont vu les prix de l’immobilier s’envoler, à Barcelone, les riverains ont pendant longtemps souffert des nuisances sonores et de l’insécurité liées aux flux touristiques non maîtrisés. Enfin, les villes cherchent à protéger les touristes eux-mêmes, qui ne peuvent espérer le même respect des normes de sécurité dans un logement Airbnb que dans un hôtel (alarmes incendie, prises électriques sécurisées, portes coupe-feu, etc.).

Pourtant confrontée à ces mêmes problèmes, la capitale française ne semble toujours pas prendre pleinement la mesure du phénomène. La Ville Lumière représente « le plus grand marché mondial pour Airbnb », comme le rappelait Nathan Blecharczyk dans une interviewaccordée au Parisien, et, paradoxalement, c’est la ville ou la réglementation est la plus souple. Une situation dont les conséquences deviennent aujourd’hui bien réelles : depuis 2012, Airbnb serait responsable, d’après les maires d’arrondissement de Paris, du départ de pas moins de 13 000 Parisiens…


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